Kabylie: Un printemps a reinventer

June 21, 2011 at 14:48 Leave a comment

DOSSIER: 31ème anniversaire d’avril 80, UN PRINTEMPS A REINVENTER

Périphrase

 

Par : Sarah Haidar

 

 

Tafsut, un poème sans fin

 

Pourquoi le 20 avril 1980 a-t-il pu résister à l’érosion du temps et s’imposer comme une date incontournable de l’Histoire des revendications populaires en Algérie ? En dehors de l’aspect politique et social de ce mouvement, le précieux legs culturel demeure la première qualité et le point névralgique de « Tafsut Imazighen ». A cette époque bénie des langues et des esprits libérés, l’art se révélait aux yeux ébahis du monde comme une arme de contestation massive, comme un droit et un devoir de vivre, pleinement, fougueusement, follement. Toute une jeunesse, ivre d’un réveil printanier de la conscience et de l’espoir, s’est faite le serment de rompre avec l’irascible « Oui Msiou » et crier dans les rues de Kabylie et d’Alger le « Non » suprême de la liberté. A cette époque-là, le chant des partisans et les murmures malsains de Crésus n’arrivaient pas encore à se frayer un chemin vers les rêves vierges de la révolution. Et celle-ci n’obéissait pas encore aux pompeuses définitions des scribouillards terrés dans leurs théories sans jamais avoir porté de banderole ! C’est ainsi que naquit l’idée impérieuse, radicale dans sa beauté immaculée, d’accompagner ce « Non » définitif par des poèmes, des musiques et des chants. C’est ainsi qu’un vent nouveau souffla sur un pays rongé par les mots creux et les slogans en contreplaqué : Révolution, socialisme, anti-impérialisme, arabité, islamité, soutien critique, gauche, marxisme à l’algérienne, etc.  C’est d’un revers d’authenticité que le Printemps Berbère est venu balayer cet amas usé de concepts véreux afin que s’établisse une vérité simple, outrancière dans son idéalisme innocent ; celle que réclama une jeunesse déjà consciente du grand bluff révolutionnaire made in dictature algérienne, celle que des centaines de milliers de manifestants ont voulu arracher des mains des fossoyeurs et des faussaires… Car comment définir une révolution si ce n’est par son « sens moral » ; un sens qui ne s’achète ni ne se vend, il ne plie pas non plus devant le relativisme primaire et défaitiste des gribouilleurs paresseux, il ne cède rien aux imposteurs, ne se laisse pas séduire par l’or toqué du silence, n’oublie jamais les chants et psalmodies qui ont bercé l’enfance des origines… Cette morale avait enfin triomphé en cette année lumineuse de 1980. Il a suffi, pour la faire rayonner, d’une énième tentative d’humiliation perpétrée par un Pouvoir ankylosé, viscéralement allergique à la poésie. Mouloud Mammeri, derrière son sourire de Juste, était resté et restera toujours, l’âme palpitante de cette Kabylie née et grandie dans un poème égaré de la déesse Ifru. Dda Lmulud, généreux comme une branche d’olivier penchée sur la terre humide, voulait leur parler de poèmes kabyles anciens. Mais un automate oublieux des rimes maternelles, lui avait barré la route, espérant ainsi dessécher la sève de la connaissance. C’est à ce moment-là que surgit de l’ombre une vieille colère, ni politique, ni idéologique, ni naïve, car c’était la colère de ceux qui voulaient savoir, lire, écrire et chanter dans une langue probablement née d’un baiser d’amour entre l’eau et le soleil. Cette belle langue qu’on voulut confiner dans les froufrous bariolés du folklore et de la vulgarité… Et c’est contre la strangulation orchestrée de la beauté que s’éleva les « Arrac n tmanyin » pour brandir à la gueule du monde ce qu’il convient d’appeler une Révolution Culturelle. Une Révolution Esthétique !

Dda Lmulud, Mohia, Ferhat Imazighen Imula, Ben Mohammed, Matoub Lounès, Kateb Yacine, Mhammed Issiakhem, Debza et bien d’autres ont su donner au ras-de-marrée identitaire qui a déferlé sur le désert des injustices, une vocation profondément artistique, une pérennité d’un ordre nouveau, un souffle qui se serait probablement terni sans leurs écrits, leurs chansons et leurs poèmes. A ces « Imedyazen » et à tous les étudiants qui ont défloré la couche épaisse des silences, aux vingt quatre détenus, à tous ceux qui ont soutenu de près ou de loin « Tafsut Imazighen », nous disons Merci. Merci d’avoir laissé un point de lumière dans les arcanes obscurs de notre Histoire contemporaine. Cette même Histoire qui ne tardera pas à célébrer un nouveau printemps berbère. Il naîtra, nous en sommes convaincus, de cette longue et douloureuse gestation qui ne cesse de gémir depuis trente-et-un ans.

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Arezki Aït-Larbi

« Aux identités par décret, il est temps de substituer les identités réelles »

 

Journaliste et éditeur, Arezki Ait Larbi était un jeune étudiant en médecine en 1980. Engagé dès la première heure dans le Mouvement berbère, il en devient l’une des figures de proue. Il était d’ailleurs parmi les vingt-quatre détenus du Printemps Berbère et ce fut lui qui dit, le plus sérieusement du monde, au commissaire Abboub : « Je veux déposer plainte contre vos subordonnés, ils ont insulté mon père » !

 

Entretien réalisé par : Sarah Haidar

 

Algérie News : Vous avez fait partie des 24 détenus du printemps berbère. Que reste-t-il selon vous de la symbolique de cette date, 31 ans après les événements ?

Au-delà du symbole, le 20 avril 1980 restera comme une étape importante dans la longue lutte citoyenne pour l’émancipation et la liberté. Il faut se replacer dans le contexte de l’époque, marqué par la dictature du parti unique, pour appréhender l’audace de la jeunesse, notamment universitaire. Toute pensée non conforme était violemment réprimée. Lire un tract contestataire de l’opposition, ou même être surpris par la police politique en possession d’un alphabet Tifinagh vous exposait à de terribles représailles. La chape de plomb et la berbérophobie étaient telles que même la conférence d’un universitaire respectable, Mouloud Mammeri, sur « la poésie kabyle ancienne » était considérée comme « subversive », et donc interdite.

En réagissant fermement à l’arbitraire et à la stupidité, et en prenant le risque d’exprimer, publiquement et pacifiquement, des convictions non homologuées par les gardiens du temple, les acteurs du Printemps berbère avaient surpris le pouvoir, plus habitués à réprimer des tentatives de putsch qu’à répliquer à des idées et des argumentaires opposés. Face à l’unicité fascisante, ils ont réussi à imposer l’idée de démocratie et de pluralisme culturel et linguistique, mais aussi politique

Incontestablement, c’est le Printemps berbère, en Kabylie et dans les campus algérois, qui avait brisé le mur de la peur, ouvrant la voie à d’autres contestations populaires, notamment dans l’Oranie en 1983 et à Constantine en 1986, avant d’embraser tout le pays en octobre 1988.

Un tiers de siècle plus tard, il reste du 20 avril cet esprit de résistance à l’arbitraire et à l’injustice, qui s’exprime parfois de manière violente et désordonnée. Pour les luttes en cours, revisiter l’esprit Avril 80 pourrait être une étape de ressourcement.

 

 

Très peu d’écrits, d’études et de travaux artistiques ont été consacrés au Mouvement. Pourquoi selon vous ?

Parce que nous sommes dans une société où la tradition orale a toujours primé. Si très peu d’écrits ont été consacrés au Mouvement, la chanson kabyle, par contre, en est très imprégnée. Dans les années 80, c’était même un passage obligé pour tout chanteur débutant qui rêvait d’émerger.

L’analyse du Mouvement pour tirer des leçons, aussi bien de ses succès que de ses erreurs, reste à faire. Malgré une rupture psychologique avec la génération et les méthodes de la Guerre de libération nationale, la génération d’Avril 80 n’a pas réussi à dépasser l’approche anecdotique, et souvent apologétique de l’événement. Certains « anciens combattants » du Printemps berbère ont même fait du 20 avril un incontournable quart de gloire personnelle pour flatter des ego hypertrophiés.

 

 

Vous avez coordonné et publié, en 2010, « Avril 80 » où plusieurs insurgés et hommes de pouvoir ont témoigné. A quelles difficultés avez-vous été confronté pour réaliser cet ouvrage ?

En entreprenant la publication de ce livre, j’ai voulu, non pas écrire l’histoire « officielle » du Printemps berbère, mais raconter le Mouvement, sous des angles différents mais complémentaires, par des acteurs de premier plan, dans une subjectivité assumée. Avec l’objectif de mettre un premier matériau à la disposition aussi bien des historiens que du large public. J’ai voulu aussi rendre compte de la diversité sociopolitique du mouvement, de ses acteurs comme de ses revendications.

Toutes les personnes que j’ai sollicitées, aussi parmi les « insurgés » que parmi les « officiels du pouvoir » de l’époque, ont donné leur accord spontanément et salué l’initiative. D’autres n’ont pu apporter leur contribution faute de temps, les délais impartis étant trop courts.

Même si j’ai pris la précaution d’écrire, dans la présentation de l’ouvrage, que « le choix des intervenants reste nécessairement incomplet et profondément injuste », certains, avec une bonne dose de mauvaise foi, m’ont fait un mauvais procès. Ils m’ont reproché notamment d’avoir « exclu » tel acteur de premier plan du mouvement ou tel autre, comme s’il s’agissait de distribuer des légions d’honneur aux uns, et de nier le rôle des autres.

Ce genre d’ouvrage est toujours partiel, et fatalement partial. Il nécessite d’être complété par d’autres témoignages, d’autres ouvrage. Une deuxième édition, avec de nouvelles contributions, est en préparation.

 

 

Comment appréhendez-vous la polémique qui a suivi la publication du livre ?

Il y a eu deux polémiques. La première a opposé Hend Sadi, professeur de Mathématiques à l’Université de Tizi-Ouzou, à Aziz Tari, qui était étudiant. Si j’ai trouvé légitime la réaction du premier pour rectifier les propos du second, je n’ai pas compris l’irruption de certains autres intervenants, dont le seul objectif était de dire : moi aussi je suis un « ancien combattant » d’Avril 80, et vous m’avez oublié.

L’autre polémique a opposé le commissaire H’mimi Naït Abdelaziz, qui était chef de la sûreté de la wilaya de Tizi-Ouzou, à El Hadi Khédiri, ancien Directeur général de la sûreté nationale. Le débat que, pour ma part, j’aurais souhaité, est relatif à la pratique de la torture. Pour la première fois, un ancien chef de la police de l’Algérie indépendante, a reconnu et déploré l’usage de ces pratiques inhumaines, dégradantes et perverses. Partant de là, il aurait été possible, non pas de lancer des poursuites judiciaires contre des tortionnaires présumés, mais de mettre le sujet sur la place publique, pour envisager des garde-fous qui limiteraient le recours à la torture.

Ce débat reste à faire. Car, aujourd’hui encore, et même à moindre échelle que par le passé, la torture reste un moyen d’investigation largement utilisé par les différents services de police.

 

 

Après le Printemps Berbère qui n’a engendré aucun mort, il y a eu « Le printemps noir » avec son lot sinistre de 126 morts. Comment expliquez-vous cette régression dans le traitement des revendications populaires, du côté du Pouvoir ?

Lors du printemps berbère de 1980, le régime algérien pouvait encore squatter le prestige de la guerre de libération, et jouer sur une image plutôt positive dans l’opinion internationale. Avec les événements d’Octobre 88, la répression qui a fait plus de 500 morts, et la torture pratiquée à grande échelle, le régime avait perdu cette innocence virginale. A partir de 1992, la « décennie rouge » de la terreur islamiste et de la répression militaire qui ont fait plus de 200.000 morts, ont classé le régime dans le club infréquentable des dictatures sanguinaires. Arrive le « printemps noir » de 2001, avec son lot de coups bas et de manipulations ;  une tragédie qui est loin d’avoir livré tous ses secrets. Dans un contexte délétère, marqué par des lutes d’influence au sommet de l’Etat, une centaine de morts en plus, était considérée par les plus cyniques comme un « détail ».

 

Aujourd’hui, tamazight est une langue constitutionalisée. Pensez-vous que c’est un acquis (une victoire) pour le mouvement revendicatif berbère ?

C’est une victoire symbolique qui a incontestablement brisé l’unicité identitaire dans l’arabo-islamisme. Mais beaucoup reste à faire, pour consacrer Tamazight dans la réalité. Il suffit de se pencher sur son statut dans l’enseignement, à la télévision et dans le cinéma, pour mesurer à quel point cette constitutionnalisation relève de l’arnaque. Que ce soit dans le choix d’une graphie pour l’enseignement, des programmes télévisés de la 4e chaîne, ou du budget alloué au Festival du cinéma amazigh, tout converge pour freiner son développement. Ceux qui, jadis, combattaient Tamazight par l’anathème et la répression, ont décidé de l’embrasser pour mieux l’étouffer. Pour la maintenir dans la marge, les berbérophobes les plus intolérants revendiquent maintenant leur part d’amazighité qui, disent-ils, « ne doit pas être monopolisée par une région ». C’est comme si Zahia D. décidait brusquement de se faire professeur de vertu…

 

Pensez-vous que la revendication identitaire s’est essoufflée en Algérie, et en Afrique du Nord en général ?

Il est temps, à mon avis, de sortir des identités administratives et des débats byzantins, pour savoir qui est génétiquement berbère, arabe, ou papou ancien.

Trêve d’hypocrisie ! Aux identités par décret, il est temps de substituer les identités réelles, les identités vécues dans le plus profond de l’intimité de chacun. En dehors des commissaires politiques et des faussaires de l’histoire, connaissez-vous un seul Algérien qui se considère en même temps, et dans des proportions identiques, berbère, arabe, musulman etc…? Des Algériens se sentent arabes ; ils doivent être reconnus et respectés comme tels. Tenter de les convaincre qu’ils furent berbères dans le paléolithique est aussi vain que contreproductif et générateur de conflits. De même, ceux qui sentent berbères doivent être reconnus et respectés comme tels. Vouloir les « arabiser » avant de leur accorder le statut d’Algériens à part entière risque d’attenter gravement à la paix civile.

A l’identité en mille-feuilles, faite d’une superposition d’amazighité, d’arabité et d’islamité, il faut substituer une cohabitation, dans le respect mutuel, des identités multiples plus conformes aux réalités de la société algérienne. C’est le défi qui attend les nouvelles générations pour sortir des faux débats et aller, enfin, vers l’essentiel.

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« Avril 80 », ouvrage collectif

A chacun son printemps !

 

En avril 2010, la maison d’édition Koukou publie « Avril 80, insurgés et officiels du pouvoir racontent le Printemps berbère ». Un ouvrage qui rassemble pour la première fois les acteurs des deux camps adverses témoignant, chacun selon sa propre expérience, sur le premier mouvement de contestation populaire de l’Algérie indépendante.

 

Par : Sarah Haidar

 

Paru l’année dernière à l’occasion du 30ème anniversaire du Printemps Berbère, « Avril 80 » est sans conteste le premier ouvrage de référence sur cet événement phare de l’Histoire contemporaine du pays. Plusieurs acteurs du Mouvement et hommes de pouvoir de l’époque y apportent leurs témoignages tantôt profondément subjectifs tantôt imprégnés d’une objectivité due au « recul » pris par certains contributeurs. Coordonné par Arezki Ait Larbi, directeur des Editions Koukou et l’un des 24 détenus d’Avril 80, le livre se présente en quatre parties. La première, intitulée « Tizi se révolte » rassemble les témoignages de cinq meneurs du Mouvement dont Aziz Tari, à l’époque étudiant en sciences exactes au CUTO (Centre universitaire de Tizi-Ouzou) et le chanteur engagé Ferhat Mehenni. La deuxième partie, qui aborde la mobilisation à Alger et au sein de l’immigration, s’amorce avec le texte de Salem Chaker, professeur de langue berbère, Ihsen El Kadi étudiant en 1980, devenu journaliste, Arezki Ait Larbi, Meziane Ourad, journaliste à Algérie Actualité et l’universitaire Hacène Hireche qui se trouvait à l’époque en France. Le troisième volet s’articule autour des témoignages de trois responsables politiques qui ont eu à « gérer » et faire face au Mouvement ; il s’agit du wali de Tizi-Ouzou Hamid Sidi-Said, du ministre de l’enseignement supérieur Abdelhak Bererhi et du Directeur général de la sûreté nationale El Hadi Khediri.

 

Si « Avril 80 » s’avère être une référence précieuse sur cet événement très peu abordé en trente ans, il n’échappe pas pour autant à une certaine « combativité » dans l’affirmation d’une vérité quelque fois subjective, chez les témoins sollicités. Et pour cause, la jeunesse fougueuse, rêveuse et révolutionnaire qui a porté la contestation et l’a inoculé dans la rue a pris, depuis le temps, un sacré lot de cheveux blancs avec autant de rides aussi bien physiques qu’intellectuelles ! Le langage, clair et percutant en avril 1980, devient aujourd’hui assez démagogique ou pis encore, lourd, très lourd ! Même constat du côté « officiel » : les responsables (bourreaux ?) de l’époque n’éviteront pas de déballer le bon vieil arsenal de la langue de bois afin de justifier en quelque sorte leurs agissements face à la révolte estudiantine.

 

Yal tafsut s-thefsutis !*

A ce propos, on ne peut que remarquer le style souvent lourdaud d’Aziz Tari qui nous propose un texte qu’il convient d’appeler un exposé solennel d’une hypertrophie du Moi ! En effet, M. Tari se présente comme un genre de « Patriarche » du Printemps berbère puisque, affirme-t-il, c’était lui l’initiateur de la marche du 11 avril survenue après l’interdiction de la conférence de Mouloud Mammeri à l’université de Tizi-Ouzou. Une allégation que plusieurs acteurs du Mouvement n’ont pas manqué de démentir. Aussi, son témoignage s’encombre souvent de phrases vainement survoltées qui, bien entendu, s’amorcent toujours sur un sempiternel « JE ». A l’en croire, sans lui le Printemps Berbère n’aurait pas existé ; et nous qui pensions que ce fut une démarche foncièrement collective, portée par un groupe d’étudiants et de militants dans une parfaite cohésion afin que justice soit rendue à la culture et à la langue berbères ! Mais heureusement que quelques pages plus loin, on compense avec les témoignages poignants et profondément humains de Meziane Ourad, Arezki Ait Larbi, Ihsen El Kadi, Salem Chaker, etc. qui tentent de rendre avec le plus de transparence possible la véritable « ambiance » d’Avril 80 ; et ce en évitant au mieux de sombrer dans la langue de bois et la mythification inutile.

 

El houkama meskit !*

Seulement, la troisième partie du livre offre généreusement le crachoir à trois responsables de l’époque. Le wali de Tizi-Ouzou Hamid Sidi Said parvient presque à nous apitoyer tant il aura usé tous ses mots pour tenter de se défaire de l’étiquette du bourreau et du serviteur automate du FLN qui interdit d’abord la conférence de Mammeri avant de lâcher ses CRS et ses bergers allemands sur les étudiants.  Il est suivi par Abdelhak Bererhi, ministre de l’enseignement supérieur, qui prend vingt-neuf pages à lui tout seul ! Dans son interminable plaidoyer, M. Bererhi commence d’abord par nous relater sa propre version des événements, en prenant soin de s’asperger d’une bonne dose d’auto-compliments, pour finir par nous exposer, tout au long d’une quinzaine de pages, pas moins qu’un programme politique pour une Algérie idéale… Un hors-sujet des plus burlesques comme seuls nos officiels savent en faire !

 

Ceci dit, malgré les quelques saveurs frelatées qui altèrent notre plaisir de le lire, « Avril 80, insurgés et officiels du Pouvoir racontent le Printemps Berbère » demeure un bon cru de l’Histoire écrite qui ne demande qu’à être revisitée, encore et toujours, afin que nul n’oublie « Tafsut Imazighen ».

 

S. H.

 

* Yal tasfut s-tefsuthis : proverbe kabyle signifiant « A chaque printemps son printemps ».

* El houkouma Meskit : Pauvre Pouvoir

 

« Avril 80, insurgés et officiels du pouvoir racontent le Printemps Berbère »

Ouvrage collectif coordonné par Arezki Ait Larbi

Editions Koukou, 2010

Prix : 290 DA

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Imedyazen N Tefsuth*

 

Par : Sarah Haidar

 

Muhand U Yahia

Il est de notoriété publique que les événements du Printemps Berbère furent l’élément déclencheur du plus grand déluge littéraire et théâtral de la culture kabyle. Ce déluge qui s’appelle « Mohia ».

Mais son histoire ne commence pas proprement à cette période. C’est en effet à l’Université d’Alger où il faisait des études de mathématiques que Mohia commence à adapter les pièces de théâtre étrangères avec « Mort sans sépulture » de J.P Sartre (1973), « L’exception et la règle » de Brecht qui devient « Llem-ik, ddu d ud’ar-ik » (1974) et « La décision » du même auteur devenue « Aneggaru ad-yer tawwurt » (1976).  Car à cette époque déjà s’était mise en place une politique de plus en plus véhémente d’inhibition de la culture et des langues berbères, en particulier, et populaires en général.

Mais c’est à partir d’avril 1980 que Mohia élabore un gigantesque plan de travail où il est question « d’intégrer la galaxie Gutenberg » et d’accéder à l’universalité dans l’écriture en langue kabyle. C’est ainsi que naquit la pièce « Muhend u Câaban », adaptée du texte « Le ressuscité » de l’écrivain chinois Lu Xun ; un véritable brûlot dans la pure tradition de la dérision allégorique qui illustre la problématique berbère. Elle est suivie, en 1982, par la fameuse « Tacbaylit » adaptée de « La jarre » de Pirandello ; là encore, il s’agit d’aborder la question berbère en analysant l’inaptitude de ses propres défenseurs à passer outre les conflits internes et les visions égocentriques afin de pouvoir servir leur culture.

Mais Mohia, c’est aussi le poète, l’infatigable pourfendeur qui sut mieux que personne dépeindre et descendre la tyrannie et l’ignorance. Qui ne connaît pas « Berrouaghia » (adaptation de Merde à Vauban de Léo Ferré), cet hommage immortel aux détenus du printemps berbère, cette longue plainte parsemée de mots tranchants et libres et rythmé par l’inoubliable « Ah ya dine kessam »… Il reste à savoir aujourd’hui que Muhand U Yahia est l’auteur d’une quantité considérable de textes chantés par la suite par Ferhat, Ideflawen, Idir, Brahim Iziri, et même Slimane Azem ; chose que l’on a souvent tendance à oublié ! « Tahia Berzidan », le coup de gueule sans appel chanté par Ferhat, c’est de Mohia ! « A y arrac nagh », appel à la révolte et à la prise de conscience, chanté par Izri et Idir, c’est de Mohia ! « A y amkhikhiw », satire succulente adressée à Boumèdiene, bravement interprétée par Slimane Azem, c’est de Mohia ! Et j’en passe.

A l’avant-garde de toutes les revendications culturelles juste, Mohia demeure l’une des figures principales du mouvement culturel berbère bien qu’il ait toujours fui les feu de la rampe et surtout toute sorte d’ « ismes » et de clairons futiles chers à ceux qu’il appellera par la suite, déçu et en colère, « Les Brobros » !

 

Ferhat Mehenni  

C’est lui qui, par sa seule voix et muni de sa seule guitare, semait un vent de joyeuse révolte dans les villes et villages de Kabylie, mais aussi à Alger et en France. Ferhat Imazighen Imoula narguait les censeurs et les « civils » d’un pouvoir dont la peur du berbère reste proverbiale, et parcourait allègrement les zones névralgiques de sa Kabylie tant aimé afin que se réveille l’ouragan dormant nommé « Peuple » ! Pour tamazight, il avait chanté de merveilleux poèmes dont l’engagement n’a d’égal que la profonde esthétique. Ses chants révolutionnaires de Kabylie, ceux du feu et de l’eau, ceux de la lutte et de l’espoir, ont été de véritables dynamiseurs de l’adrénaline populaire berbère. Lui qui disait « Plutôt que de m’emprisonner moi, essayez donc d’attraper ma parole ! », a fait partie des vingt quatre détenus du printemps berbère, les fameux « bagnards » de Berroughia qu’il reverra cinq ans plus tard lors du procès des fondateurs de la première ligue algérienne des droits de l’homme. De Ferhat, on se souviendra comme d’un artiste majeure mais surtout comme d’un « éveilleur de foules » inoubliable.

 

Matoub Lounès

« Yehzen oued Aissi » (Oued Aissi en deuil), « Arrac n tmanyin » (Les enfants de 80), « Tamughli af unezruy n tmurth » (Regard sur l’histoire d’un pays damné) et plusieurs autres chansons évocatrices chroniquent pour l’événement le plus marquant de l’histoire berbère contemporaine… Matoub Lounès n’oubliera jamais le Printemps Berbère ; lui qui fut retenu à Paris lorsque Tafsut fleurit en Kabylie. Avril 1980, il montera sur scène en treillis militaire pour signifier que la Kabylie était en guerre. Il prend part, à Paris, à une manifestation, dont il fut l’un des initiateurs, devant l’Ambassade d’Algérie. Il soutiendra le Mouvement culturel berbère et ne ratera aucune commémoration du 20 avril, donnant partout des concerts gratuits pour l’occasion.

 

S. H.

 

* Les artistes du Printemps

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Regard porté par la jeunesse sur le 20 avril

« Tamazigh assa, azekka » ne vieillit pas !

La prise de conscience de l’amazighité a été à l’origine de l’engagement de plusieurs militants en Kabylie. A nos jours le même engouement hante les nouvelles générations.

Tous défendent becs et ongles la cause berbère, que constituent la culture et la langue maternelle.  C’est même devenu un véritable phénomène de société tellement il fait l’objet d’un engouement qui ne se dément jamais. Et cet engouement des jeunes pour les libertés ainsi que leur aspiration à une démocratie sincère et véritable, dépasse toutes les limites. Pour vérifier ce constat, Algérie news a rencontré un nombre de personnes de cette nouvelle génération, au niveau de la ville des genets et d’autres localités de la wilaya.

Mokrane a vingt cinq ans. Il est licencié en droit.  Né et vit à la nouvelle ville de Tizi-Ouzou. « Le printemps berbère et le printemps noir, pour moi, reflètent le même principe. Si la nomination est différente, ça reste un enchainement  de luttes. C’est une continuité logique». Son ami Said, originaire des Ath Ouacifs souligne à son tour : « Malgré l’arabisation forcenée, la population de Kabylie demeure berbérophone». Notre interlocuteur affirme que la population n’est pas satisfaite qu’il y ait cette timide reconnaissance de tamazight, car  cela demeure insuffisant.  Et de souligner avec acharnement que « la population algérienne  est dans sa quasi-totalité berbère ». Il faut «impliquer tout le monde dans cette revendication », a-t-il précisé. Un groupe de cinq jeunes étudiantes, n’a pas pu se retenir. D’ailleurs, elles n’ont pas hésité à se rapprocher de nous, en déclarant à l’unanimité : «Nous avons une langue et une culture qui s’appellent tamazight. Nous voulons qu’elles soient reconnues. C’est tout. C’est le moindre droit d’être soi même chez soi ! ». Quant à la langue arabe, «nous n’avons rien contre. La preuve, on la maitrise mieux que les arabes eux-mêmes !», nous dit un journaliste travaillant dans un hebdo local. Un peu plus loin du chef lieu, précisément à Matkas, une région très connue pour son engagement pour la revendication identitaire, les jeunes refusent la soumission aux lois et l’inclination au conformisme, instaurés par le pouvoir. Peu importent les tendances puisqu’on est confronté en fin de compte à une jeunesse qui est tantôt exigeante, maniaque et intransigeante tantôt rêveuse, désinvolte et indolente; mais pragmatique dans la plupart du temps. Un nombre important d’associations culturelles y activent. Yacine, qui a tous justes 23 ans, étudiant et militant de la cause, a été directement au but et sans détour : « Ce combat est l’affaire de tout le monde », a-t-il dit. « Ça  va de soi », a-t-il ajouté. « Tant que le pouvoir s’entête à prendre ce qui appartenait à la Numidie, à l’Algérie,  en tant que défenseur de tamazight, je ne peux pas rester les bras croisés. Alors, il faut occuper le terrain pour activer pacifiquement », a-t-il souligné. Des revendications juvéniles, qu’il faut prendre au sérieux. Quelques années auparavant, c’était l’école qui façonnait leurs idées, leur manière de penser et leur personnalité. Aujourd’hui, ils trouvent leur muse, leur source dans les sites web et la télévision par satellite; ce sont ceux-ci qui conditionnent leur mode de vie, qui leur indiquent l’itinéraire à emprunter. De prime abord, on est choqué par leur attitude  morale, verbale et comportementale jusqu’à ce qu’ils prouvent aux autres que leur attitude est contrôlée par une intelligence infaillible. Ils transgressent les lois même les plus formelles et ont tendance à devenir irréductibles, indomptables et apparemment insaisissables au point d’échapper aux adultes qui se sont d’ores et déjà trouvés dans l’incapacité de les maîtriser. Sans doute c’est une façon propre à cette génération  de rompre avec le monde de l’absurde et d’exprimer leur indépendance et revendications. La jeunesse actuelle est le produit des nouvelles technologies; ce qui veut dire que ni les religions, ni les sciences humaines ne sont en mesure d’être à la hauteur des ambitions débridées des jeunes. Par ailleurs les partis politiques ainsi que les gouvernements qui n’œuvrent pas en fonction des attentes des jeunes et de leurs aspirations sont à remettre en question. Et mieux encore, ils auront intérêt à prêter une fine oreille à cette nouvelle jeunesse naissante.

Idir Ammour

 

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Médias publics d’expression amazighe

Le cadeau empoisonné ?

Baisse d’audience  et  gestion fluctuante,  les medias    publiques d’expression amazigh  œuvrent difficilement pour la diffusion de la culture amazighe. Ce problème selon certains observateurs  est du à un manque de maitrise des outils médiatiques, et une gestion  confrontée au verrouillage du champ médiatique.

 « Yefka tafat thahchaychit ! »(il a donné le feu vert), cette expression  prononcée lors d’un journal d’informations  de la radio Chaine II,  fait  l’objet de plaisanterie qui s’ajoute aux nombreuses  blagues dans   le registre des bavures linguistiques,  dont l’usage est devenu malheureusement courant sur les ondes de la radio algérienne chaine 2 et de la chaine de télévision TV4.  

Cette situation qui désole plus d’un  et qui interpelle  essentiellement  sur la qualité de la programmation  proposée par ces deux canaux  importants,   pose la question  sur leur efficacité   dans  la promotion  d’une culture à l’image  d’une amazighité contemporaine, qui visiblement est  occultée par une certaine image folklorique dominante  et le  bafouillage linguistique énormément cultivés  dans  les deux chaine . Une problématique qui selon plusieurs observateurs devra  néanmoins être  exposée avec beaucoup d’indulgence. En effet , et  dans l’absence des  outils  de communication   notamment dans le domaine de la  presse écrite qui a vu disparaitre plusieurs revues culturelles d’expression amazighe,  l’acquis des moyens de communication aussi importants que la Radio chaine II  et TV4  demeure l’aboutissement  d’un longue lutte  pour la reconnaissance de l’identité amazighe pour plusieurs militants berbéristes,   suite aux multiples revendications incessantes  auxquels  l’Etat  algérien  est resté pour longtemps muet.

Crée avant l’indépendance, la chaineII fut le premier canal médiatique qui s’adressait aux  auditeurs kabylophones dans leur langue amazighe, et devient incontestablement un capital  bâti sur un grand  travail engagé dans la   transmission et la promotion de la culture amazighe qui s’est répandue  grâce au dynamisme auquel s’est prêtée cette chaine pour conquérir  une large audience  et faire valoir le capitale culturel.

Baisse d’audience et  manque de réflexion

En l’absence de statistiques exactes et crédibles sur le taux d’audience des deux chaines publiques, il est difficile de parler de  l’influence médiatique au sein du public. Cependant,  il est apparent que la chaine radiophonique a perdu de sa popularité auprès de ses auditeurs, à travers un simple  constat du terrain, tandis que la société de sondage Media Sens avance  le chiffre de  2,3% d’audience pour la chaine de télévisons TV4 enregistré au cours du mois d’aout 2010, alors que la chaine terrestre  ENTV bat un taux de 19%.

Ce  déclin   pour la chaine radiophonique  pourtant populaire dans la région de Kabylie et à Alger  ,  est expliquée par certains observateurs  par  l’usage jugé « moyen » du kabyle comme le confirme un spécialiste en sociolinguistique « il y a un manque de maitrise flagrant de l’outil linguistique, chose que l’auditeur n’admet pas comme tout auditeur qui n’accepte pas la mauvaise maitrise des langue arabe ou  français dans les chaines I ou la chaine III » , il explique davantage que cette inaptitude  est liée à  l’usage des jeunes cadres  d’un  langage mixte  retransmis  via les media  et  qui risque donc   de détourner la transmission de la langue amazighe et sa promotion. Aussi ,  la création de la chaine TV4, a  engendré  une grande  exode des cadres de la chaine radiophonique vers la chaine  de télévision  et donc l’amplification  du phénomène  ainsi que la restriction  de  la réflexion dans la production et la programmation audiovisuel.

 

En outre le problème linguistique, la grille des programmes  ne répond  pas aux exigences d’un service de qualité, et révèle un manque de réflexion  pour cibler un large public et donc atteindre l’objectif  principale qui est la diffusion culturelle, affirme un spécialiste des médis « La chaine radio joue partiellement un rôle dans la diffusion de la culture amazigh, en faisant un effort  assez inégal en proposant des thèmes percutant. Cependant il est vrai que la chaine TV4, vient démarrer, elle a besoin d’un cumul d’expériences  pour améliorer  son service  dans une optique de changement qui doit  éradiquer une certaine vision folklorique qui s’est installée visiblement dans les deux chaines et vulgarise  une culture superficielle ». Dans l’ensemble de son programme  TV4 inclut dans sa grille des productions ENTV doublés en Tamazight  qui occupent  pratiquement  une grande partie de l’espace temps accordé (six heures chaque jour), une programmation boudée par le public  car elle  n’offre pas réellement  une visibilité pour la productivité culturelle amazigh.

Il n’est pas à exclure aussi que  les deux institutions publiques  demeurent  victimes   du verrouillage du champ médiatique qui réduit l’espace de l’initiative au niveau de la gestion. Il demeure cependant nécessaire d’opérer un réel changement au niveau de la qualité ou du moins une réelle diffusion pour la préservation et la promotion de la langue dans sa richesse lexicale et dans toute ses déclinaisons chaouie, mozabite, terguie ou kabyle  comme le souligne encore notre interlocuteur spécialiste en sociolinguistique  « c’est ce qu’il y a d’urgent à faire désormais, grace à un  travail universitaire de longue haleine qui permettra de réhabiliter la langue via les medias »

 

 

Fatma Baroudi

 

Repères :

1990 – premier  Journal d’info télévisé  en Tamazight (durée 5 mn)

1995- création du HCA pour la promotion et la diffusion de la langue Tamazight

1996- journal televisé en Tamazight à 18h

2005- Diffusion de la Chaine algérienne II 24 /24h

2009- lancement à titre expérimental de la chaine de télévision  TV4 en Tamazight

2011- diffusion de la chiane TV4 sur le bouquet Free.

 

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CHRONOLOGIE

 

Lundi 10 mars 1980

Parti d’Alger, en compagnie de Salem Chaker, pour donner une conférence à l’université de Tizi-Ouzou sur « les poèmes kabyles anciens », Mouloud Mammeri est intercepté par un barrage de police à Draa Ben Khedda. Conduit à la wilaya, le chef de ca binet du wali lui notifie l’interdiction de la conférence.

 

11 mars 1980

Première manifestation dans les rues de Tizi-Ouzou.

 

12 mars 1980

L’assemblée générale des étudiants de Tizi-Ouzou adopte une « lettre ouverte au président de la République » dans laquelle elle revendique le droit au développement de la culture berbère, et propose l’adoption du berbère comme seconde langue nationale.

 

13 mars 1980

Dans la nuit du 12 au 13 mars, campagne d’inscriptions du FFS sur l’axe Alger-Tizi-Ouzou et en Kabylie. Panneaux de signalisation routière et abribus sont recouverts de slogans : « Démocratie », « Ait Ahmed au pays ! », « Halte au génocide culturel ! », « néo-FLN=Fasciste », « Tous opposants ! ».

 

15 mars 1980

Une délégation d’étudiants est reçue à la présidence de la République par Abdelmalek Benhabylès ; secrétaire général, auquel elle remet la lettre ouverte au président.

 

16 mars 1980

Premières  manifestations de lycéens à Larbâ-Nat-Iraten, puis Azazga et Ain El Hammam.

 

17 mars 1980

Le soir, un gala-meeting du chanteur Ferhat Imazighen Imula est organisé à Hasnaoua. Le débat tourne autour de thèmes politiques. Les noms d’opposants comme Hocine Aït-Ahmed et Mohamed Boudiaf sont, pour la première fois, ouvertement évoqués.

 

20 mars 1980

Sous le titre : les « Donneurs de leçons », El Moudjahid publie un article signé KB (sans doute Kamel Belkacem, le rédacteur en chef) particulièrement virulent contre Mouloud Mammeri.

 

25 mars 1980

Mouloud Mammeri est reçu par Abdelhamid Mehri, ministre de l’information, qui lui présente des excuses, mais s’oppose à la publication de sa réponse.

 

26 mars 1980

Nouvelle manifestation à Tizi-Ouzou qui rassemble près d’un millier d’étudiants. Tentative de manifestation des étudiants de Boumerdès à Alger, vite dispersée par la police.

 

30 mars 1980

Récital d’Aït-Menguellet à la porte de Pantin, à Paris. Le Comité de défense des droits culturels en Algérie appelle à un rassemblement silencieux devant l’ambassade d’Algérie en France.

 

7 avril 1980

La manifestation de la place du 1er mai à Alger est violemment réprimée. Plusieurs blessés, des dizaines d’arrestations.

L’université d’Alger se met en grève.

A Tizi-Ouzou, les étudiants votent la grève illimitée et occupent l’université.

 

8 avril 1980

Alger, une tentative de manifestations des étudiants est violemment refoulée par la police.

Un bureau de coordination inter-instituts est mis en place.

 

10 avril 1980

Le FLN organise une contre-manifestation à Tizi-Ouzou.

11 avril 1980

La réponse de Mouloud Mammeri à El Moudjahid est publiée par le quotidien parisien Le Matin. Ronéotypée, elle est largement diffuée en Algérie et en France.

 

13 avril 1980

Les élèves du lycée Amirouche de Tizi Ouzou se mettent en grève et occupent l’établissement.

Les travailleurs de l’hôpital envoient une motion de soutien aux étudiants grévistes et une lettre au président Chadli demandant l’arrêt de la répression.

Un trac, signé Comité de soutien aux étudiants et  travailleurs en grève, appelle à une grève générale pour le 16 avril. Il e st attribué au FFS.

 

15 avril 1980

Occupation de l’hôpital de Tizi Ouzou.

 

16 avril 1980

La grève générale est suivie dans toute la kabylie.

Le chanteur Ferhat Imaziyen Imula est enlevé à l’aéroport d’ Alger.

Le ministre de l’Enseignement  supérieur lance un ultimatum aux étudiants de Tizi  Ouzou pour reprendre les cours le 19 avril.

Le soir, les grévistes de la Sonelec, Sonelgaz, Sonitex, Casoral et ceux de l’hôpital, les étudiants, les enseignants et les lycéens créent un Comité populaire de coordination.

 

20 avril 1980

5h, du matin. Les forces de répression envahissent tous les établissements occupés (université, hôpital, usines). Les étudiants surpris dans leur sommeil sont assommées dans leurs lits. Des centaines d’arrestations.

Des rumeurs  font état de 32 morts et de centaines de blessés.

Une grève générales spontanée a été déclenchée par la population de Tizi Ouzou.

La kabylie est coupée du monde. Interdiction d’accès à tout le monde et aux journalistes en particulier.

 

21 avril 1980

Condamnation de 21 manifestations à El-Kseur.

Des barricades commencent à s’ériger à Tizi Ouzou.

La population des villages environnants marche sur la ville pour protester contre la répression.

 

22 avril 1980

Un peu partout dans les rues de Tizi Ouzou, de durs combats opposent les manifestants aux forces de répression.

Grève de solidarité déclenchée à l’hôpital Mustapha (Alger) par le personnel soignant.

 

23 avril 1980

4e journée de la  grève générale. Des arrestations massives ont lieu un peu partout en kabylie.

 

24 avril 1980

Retour au “calme” progressif.

 

25 avril 1980

La ville est quadrillée par les forces de répression. La RTA filme les endroits saccagés.

A 17h, l’ambassadeur d’Algérie est reçu  au quoi d’Orsay ; à 17h50 le préfet de police de Paris signifie au Comité de défense des droits culturels en Algérie, l’interdiction de la marche prévue pour le lendemain.

 

26 avril 1980

Malgré  l’interdiction de la manifestation par le préfet, et le contre-ordre lancé par le CDDCA par voie de presse et audiovisuelle, près de 500 personnes ont tenté de se rassembler. 400 manifestants ont été interpellés par la police et conduits à Vincennes où ils furent fouillée, photographiées et fichées.

 

29 avril 1980

A Paris,  le préfet de police interdit  la manifestation silencieuse du CDDCA prévue pour le 1 er mai.

10 mai 1980

Gala de Matoub Lounès à l’Olympia. Ue minute de silence est observée en signe de solidarité avec le mouvement populaire en Algérie.

 

12  mai 1980

Grève à la Fac d’Alger.

 

16 mai 1980 

Une liste de 24 détenus déférés devant la cour de sûreté de l’Etat de Médéa est publiée par El Moudjahid.

 

19 mai 1980

Manifestation de protestation contre la répression à Alger.

 

21 juin 1980

14h. Meeting de soutien aux détenus en Algérie, tenu à la Bourse du travail à Paris.

 

25 juin 1980

Journée de soutien aux détenus organisée à Tizi Ouzou. A 20h, l’APS annonce la mise en liberté provisoire des 24 détenus de Berrouaghia  pour le lendemain.

 

26 juin 1980

Tizi-Ouzou en fête, accueille les détenus.

 

*D’après Rachid Chaker : « Journal des événement de Kabylie » in Les Temps Modernes (1982)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Conroverse soulevee par Kamal Belkacem a l’encontre de Mouloud Mammeri concernant le printemps berbere

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